Au revoir papa

Je me souviens quand, petite fille, j’allais avec toi dans la salle de bain transformée en laboratoire photo. La lumière rouge, les bacs avec les produits révélateurs, les photos qui apparaissaient comme par magie et que l’on suspendait à la corde à linge… Cette passion, je l’ai encore aujourd’hui, grâce à toi.

Je me souviens comme j’attendais impatiemment le dimanche matin, car ce jour-là tu mettais la musique fort, très fort. Je me souviens de l’arrivée de ce disque fabuleux qu’est The Wall, et du nombre de fois où on l’a écouté, à fond, sans se lasser… Aujourd’hui ce disque reste l’un de mes préférés, et chaque fois que je l’écoute je nous revois à l’époque, dans le salon, avec ce son…

Je me souviens aussi lorsque nous sommes allés voir le film The Wall au cinéma. Je crois bien être un peu petite à l’époque car il m’avait beaucoup impressionnée. Mais tu m’avais quand même amenée avec toi car c’était dans la suite logique de notre amour pour ce disque. Et ce fut le début d’une longue série où nous allions tous les deux au cinéma, voire des films d’horreur, d’angoisse, c’était notre truc à nous.

Je me souviens de nos vacances d’été. Tu n’aimais pas aller à la mer, alors nous allions en vacances à la montagne. Faire des ballades, chercher les marmottes. Je crapahutais fièrement en tête avec toi, laissant derrière mère et frangine, trop petite pour suivre la cadence, à la traine alors que nous allions à l’attaque des cols les plus hauts.

Je me souviens que lorsque je me faisais des gros bobos, tu me donnais des tranches de saucisson pour me consoler au lieu de bonbons…

Je me souviens que tu avais toujours une bonne blague à nous raconter.

Je me souviens de tellement d’autres choses… La liste est bien trop longue pour l’énumérer ici. Toutes ces choses qui ont fait ce que je suis devenue aujourd’hui.

Et puis cette saleté de maladie est arrivée, elle a pris possession de ton corps à petit à petit. Insidieusement, vicieusement, à petit feu, pendant des années, elle s’est emparée de ton être. Elle a été la plus forte, cette maladie qui de toutes façons ne se guérit pas. Ces dernières semaines tu les as passées sous morphine et sous perfusion car à cause d’elle, tu ne pouvais plus ni déglutir ni t’alimenter. Et puis tu es passé en soins palliatifs, et là j’ai compris. Alors je me suis préparée comme j’ai pu pour accepter l’inéluctable, ce moment si difficile à vivre mais qui serait ta délivrance. Je suis venue te voir chaque fois que j’ai pu, même si tu ne me voyais plus. Je t’ai dit ce que j’avais besoin de te dire avant que tu partes, je t’ai dit aurevoir. Et puis il y a eu ce matin-là ou ma mère m’a appelé, tôt, et j’ai su.

Maintenant, comme dit la petite, tu es “en étoile” avec Mamie Odette et le bébé qui ne voulait pas venir. Je suis sûre que tu veilles sur nous de là-haut, comme tu l’as toujours fait.

Adieu, mon papa.

Comments

  1. says

    Je suis tellement triste pour toi. C’était donc ça la si mauvaise passe par laquelle tu passais. Je t’accompagne du mieux que je peux dans mes pensées pour traverser cette difficile épreuve. Il n’y a rien de plus dur que de perdre un être proche, pour y être passé il n’y a pas longtemps je ne te dirais pas que le temps efface le manque. Ce qui est vrai en revanche c’est que la vie est toujours plus forte.
    Je te souhaite beaucoup de courage, mais du courage je sais que tu en as. J’espère que les épreuves n’auront pas raison de ton sourire.
    C’est un peu bête à dire mais je suis là si tu veux parler, tu as mon mail. Je t’envoie plein de tendresse

    • happy ever after says

      Oui, c’était ça… Et tu as raison, la vie est la plus forte, il faut trouver l’énergie pour continuer à avancer. Merci <3

  2. says

    C’est très beau ce que tu écris, mais je suis tellement triste. Garde précieusement tous ces souvenirs dans ta mémoire, en photos, des souvenirs heureux. Courage pour ces moments difficiles <3

  3. says

    Je suis tellement désolée et triste pour toi. Ton Papa a été un homme important dans ta vie, et vous semblez avoir eu une magnifique relation dont vous avez su profiter.
    Je te souhaite plein de courage pour affronter les prochains jours, je t’embrasse.
    Aurélie

  4. says

    Ce message est tellement beau, et je te comprend tellement.. Ton père s’en est allé et ce n’est pas facile, mais tu vois, te dire que tout ça est triste je ne veux pas te le dire. Bien sûr c’est triste, mais tu le sais déjà alors pourquoi te le redire vraiment. Si je dis ça, c’est parce que comme toi j’ai perdu mon père mais plus brutalement, et entendre que ma vie était triste ça ne m’a jamais plu ni aidé. Tu as la chance d’avoir vécu des moments très fort avec ton père, de te souvenir de tel ou tel petit détail, et ça c’est une force !
    Ça peut paraitre bizarre mais prends ce qu’il y a de “bons” dans sa disparition et non pas ce qu’il y’a de mauvais, ne te dis pas qu’il ne sera plus jamais là mais qu’il a toujours été là et qu’il en a fait beaucoup pour toi. Dis toi que quoiqu’il arrive, il vieillira sur toi, oh oui quoiqu’il arrive !

    Je te fais d’énormes câlins et de nombreux bisous, je suis de tout coeur avec toi. Et courage :)

  5. says

    Je t’envoie mille douces pensées pour affronter cette étape douloureuse. Je trouve qu’il n’y a rien de plus joli que “en étoile”. Ta fille ainée est une graine de poète. Je pense à toi, et je t’embrasse

  6. says

    Le titre de ton article m’a fait pleurer, car j’ai perdu mon petit papa il y a tout juste un an. De la où ils sont, nos deux papas sont fiers de leurs petites filles bloggeuses, et ils nous envoient tout leur amour. N’en doutes pas. Et ta peine s’attenuera, crois moi. Cela prendra du temps, mais tu pleurera moins avec le temps, sans pour autant oublier ton petit papa. Je t’embrasse affectueusement et te souhaite tout le courage dont tu vas avoir besoin. Emmanuelle

    • happy ever after says

      Je ne l’oublierai jamais, tu as raison… Et je sais que oui je vais “guérir”, avec le temps… Avec le temps va tout s’en va… Merci pour ton mot <3

  7. says

    Je suis tellement navrée pour toi… Ton texte est terriblement poignant et j’ose à peine imaginer la difficulté de l’écrire et de te livrer ainsi. Toutes mes pensées et comme tu le dis si bien “Happy ever after”… Courage à toi et tes proches.

  8. says

    Ton texte m’a beaucoup touchée, car j’ai une relation très forte et fusionnelle avec mon Papa… je compatis à ton immense douleur, et tiens à te dire que tu m’as tirée les larmes. Des bises, et beaucoup de courage à toi.

  9. says

    Je viens de perdre ma maman, touchée par l’amnésie et la vieillesse…
    J’avais perdu mon père, le même genre que le vôtre un peu, il y a 20 ans.
    Moi aussi j’avais une relation passionnelle avec mon père, scénariste de bd, écrivain, peintre à ses heures et surtout si drôle, si drôle…
    J’étais moins proche de ma mère, mais je l’aimais car elle était la femme qui avait rendu mon père si heureux…
    Courage. Je suis catholique et je dirai une prière pour votre père, ce soir.

  10. Déborah says

    Quel beau texte, j’ai moi aussi une relation très forte avec mon père. Quelle période difficile ça doit être pour toi, j’appréhende beaucoup ce jour… Je te souhaite plein de courage, merci pour ces si jolis mots!

    • happy ever after says

      Oh non il ne faut pas appréhender, ces choses malheureusement arrivent… Il fait profiter au maximum de sa famille. Et merci <3

  11. says

    Bonjour.

    Très bel article, très bel hommage… On ne se connaît pas et pourtant, j’ai mal pour toi. Je n’ai pas eu la chance d’avoir eu un père digne de ce titre. Malgré tout, je l’ai accompagné jusqu’à la fin, il est mort il y a 2 ans dans mes bras. J’avais 24 ans. J’ai été bouleversé par cette perte alors que finalement cet homme m’a détruite. Je n’imagine pas quelle douleur doit être la perte d’un père aimant et qu’on aime. J’ai malgré tout découvert cette douleur à travers la perte de mon grand-père, bien plus paternel et non maltraitant, une figure qui a remplacé celle de ce père. Alors je n’imagine pas, mais je sais un peu. Il va te falloir du temps. Et chaque souvenirs resteront là, et vont venir régulièrement te rafraîchir la mémoire même quand tu ne le souhaites pas vraiment. Je n’ai pas d’autres mots, je t’adresse mes pensées, et mon réconfort.

    • happy ever after says

      J’imagine comme ça a du être dur à 24 ans… Perdre quelqu’un est toujours difficile, surtout qu’on il s’agit du cercle si proche… Mais le temps guérit les blessures… Et la mémoire reste. Merci pour ton mot <3

  12. says

    C’est la première fois que je viens sur ton blog..

    Je suis sincèrement désolée pour toi. J’ai perdu mon père d’un cancer du poumon, et comme toi, j’ai vu petit à petit la maladie s’emparer de lui. Cela reste forcément le souvenir le plus douloureux de toute ma vie et dont je ne me suis jamais vraiment remise… J’ai pleuré en lisant ton article, car je sais ce que tu dois ressentir en ce moment même. Je suis rarement à ce point émue à la lecture d’un billet.

    Je ne sais pas quoi te dire, je sais que les mots ne servent à rien dans ce genre de moments… Je te souhaite énormément de courage. Je te souhaite d’être très entourée. Je te souhaite de la force et plein d’amour autour de toi. ♥

    • happy ever after says

      Merci <3. La peine est très forte, et c’est un moment si difficile à vivre, à accepter… Surtout avec ces maladies qui détruisent les gens et face auxquelles tu es impuissant. J’espère que tu as été bien entourée quand ton père sen est allé…. Je puis l’énergie pour avancer dans mes proches. ET je sais qu’avec le temps, ce sera moins douloureux d’y penser… <3

  13. says

    Tu n’imagines pas à quel point ton article fait écho dans ma vie en ce moment. J’en suis au stade où j’attends ce coup de fil que je ne voudrais jamais recevoir.. Désolée pour ton papa, mais au moins il ne souffre plus. Courage pour ce deuil qui semble impossible à envisager <3

    • happy ever after says

      Oui, parfois quand la maladie est trop forte le départ est mieux pour tout le monde, même si c’est difficile à vivre et accepter. Plein de courage pour toi aussi… <3

  14. says

    Un petit mot et une pensée pour toi, le dernier paragraphe me rappelle ce que j’ai vécu avec ma maman, sauf que le terme palliatif ne m’a pas paru évident et que je ne lui ai pas vraiment dit au revoir. Courage à toi.

    • happy ever after says

      J’ai su car je fais un travail psy, et cela m’a aussi aidé à me préparer et mieux “accepter” ce départ… Merci pour ton mot <3.

  15. says

    Je ne peux que comprendre tout cela ayant perdu mon papa il y a pfff bientot 5 ans. La maladie l’a aussi terrassée nous laissant impuissant. La plus belle des choses que j’ai trouver çà faire c’est de vivre et encore plus qu’avant !

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