Paris, c’est fini

Longtemps, j’ai rêvé d’arpenter tes rues quotidiennement. Longtemps, je t’ai regardé comme le seul endroit au monde où l’on pouvait être heureux d’habiter. Longtemps, je n’ai attendu que ce moment où je pourrai m’envoler de ma banlieue et installer mon nid dans un de tes quartiers. Je profitais de chaque occasion pour venir te visiter, surtout l’été, je me faisais gardienne d’appartement ou d’animaux, ce qui me permettait de te voir et de vivre avec toi quotidiennement.

Et puis il y a eu ce jour où enfin ! je suis venue vivre dans l’un de tes quartiers. J’ai vite pris mes marques, à l’époque c’était plus facile qu’aujourd’hui, je vivais seule et c’était la belle vie, même si je travaillais pas mal pour pouvoir financer ce petit appartement. Ce fût vraiment une belle époque, j’étais insouciante, et enfin je vivais mon rêve.

J’ai vraiment profité de cette période, un peu fêtarde, un peu vie de nuit, ça a bien duré quelques années… Tu étais parfaite pour cette vie un peu patachon. J’ai testé plusieurs quartiers, voir un peu comment ça se passait  dans tes divers recoins. Et puis un jour j’ai cessé d’être sur mon petit nuage. Je ne sais plus vraiment quand, comment ni pourquoi c’est arrivé… L’habitude ? L’âge ? L’évolution de la vie ? L’envie de voir évoluer ma gamine ailleurs que le nez dans les pots d’échappement ? J’ai ouvert les yeux et j’ai commencé a voir tes mauvais côtés. Tes rues sont de plus en plus sales, je ne supporte plus de voir quelqu’un devant moi jeter son mégot par terre alors qu’il y a une poubelle 5 mètres plus loin. Les voitures sont de plus en plus nombreuses à t’arpenter malgré les nombreuses pistes cyclables dont tu es aujourd’hui équipée. Les gens foncent tête baissée sur tes trottoirs, trop speed, ils me rentrent dedans sans s’excuser. Parfois même je me fais gentiment insulter juste parce que j’ai pas de cigarette… Et ça, je n’aime plus du tout, je n’arrive plus à faire comme si de rien n’était.

Oh bien sûr, tout cela n’est pas de ta faute, vu que ce sont surtout les gens qui t’habitent qui te font. Mais ce qu’ils font de toi, je n’aime plus. Je ne prends plus de plaisir à me promener dans tes rues, de toutes façons je ne peux plus te contempler, je dois regarder mes pieds pour éviter les crottes de chien. Je ne parle même pas du métro et des galères presque systématiques, du périphérique en sur-saturation quotidienne (même en heures creuses…), ni des mots doux susurrés aux oreilles des filles en jupette… Toutes ces petites choses qui, cumulées, ont fini par remettre en question mon désir de jeunesse d’être une citadine accomplie.

Bien sûr, tu restes la plus belle ville du Monde, avec tes magnifiques bâtiments et divers monuments, dont je ne me lasserai jamais, j’en suis sûre. Et c’est cette belle image de toi que je veux garder. Evidemment, je reviendrai te voir de temps en temps, parce que passer plus de 20 ans avec toi çà ne s’oublie pas comme ça… Et je suis sûre que ton absence me fera t’apprécier plus qu’aujourd’hui où je ne vois plus que tes mauvais côtés.

Paris, toi et moi, c’est fini.

tour eiffel

Comments

  1. says

    Super émouvante cette petite lettre et comme je te comprends :)
    Ma Picardie m’a manqué au bout de 5 années à Paris et je ne l’aurai jamais parié… mon oxygène devenait trop limité pour rester, mon poumon vert, ma forêt, l’espace… tout cela devenait, d’un seul coup, des éléments nécessaires à ma survie :)
    Alors, qu’as-tu choisi ? Banlieue ou bien Province ?
    Bon nouveau départ plein d’air pur et de verdure pour toi et ta petite famille,
    des bises ma belle Fabienne – que j’ai connu fumeuse tout de même ;) !

    • happy ever after says

      Merci Pauline, on quitte la RP pour… la Bretagne, Rennes ! Gros changement oui, on a envie de respirer nous aussi :) Et c’est vrai que c’est aussi pour la petite !

  2. R1 says

    Ta bonne humeur va nous manquer à tous !!!!
    J’espère que tout se passera bien là-haut et que vos projets se montreront florissant. Je sais par avance que tu en sera une pièce maitresse.

    Bisous & See you in the hell !

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